—On voit bien, dit Gabrielle en haussant légèrement les épaules, que vous ne connaissez ni le prieur, ni le frère Robert. Me duper? Et que leur importe? Quel serait leur bénéfice?

—Ne fût-ce que pour être au courant de ce que je fais. Un joli petit espion comme vous, c'est précieux, et Philippe II ou M. de Mayenne vous payerait cher le rapport que vous donnez pour rien aux génovéfains sur les faits et gestes du roi Henri IV.

—Encore une fois, je vous dis que je ne rapporte rien, dit Gabrielle piquée; je vous dis que vous ne faites point un pas, point un geste, que le père et le frère n'en soient instruits. Ce doit être le ciel qui avertit dom Modeste et qui l'inspire. Vous vous souvenez du mystère que vous mîtes à vos premières visites chez mon père. Il s'agissait, lui disiez-vous, des secrets de l'État. Certes, M. d'Estrées se fût fait hacher plutôt que de vous trahir. Cependant vos visites le gênaient fort! Eh bien! qui m'a averti de vos intentions sur moi, alors que moi-même je ne m'en doutais pas encore? dom Modeste. Qui m'a prévenue que vous m'alliez fixer un rendez-vous? dom Modeste. Qui m'a dicté la conduite que je devais tenir en ces rendez-vous? dom Modeste, toujours lui, interprété par le frère Robert.

—Ah! s'écria le roi, on vous dictait votre conduite?

—Certainement.

—Votre sévérité, vos résistances, tout cela était prescrit par avance, comme l'ordre et la marche d'une cérémonie?

—Oui, sire, et c'était bien prudent. J'ai si peu d'expérience que, par faiblesse, j'eusse perdu, peut-être, vous, la France et moi.

—Eh bien! mais ce sont mes ennemis furieux, que ces moines; de quoi se mêlent-ils?

—De votre salut et du salut de l'État.

—Et vous persistez à les écouter, malgré mes tendres supplications?