—La permission est accordée, dit-il à Crillon, et le cavalier que vous attendez peut entrer. Vous plaît-il qu'on l'amène ici, mon cher frère?

—Non pas, non; dans ma chambre, si vous le voulez bien. D'ailleurs, j'y vais moi-même, ajouta Crillon, qui craignait de trahir par trop d'empressement et de respect la qualité du visiteur qui lui arrivait, et dont le billet contenait à ce sujet les plus strictes recommandations d'incognito.

Le frère sortit pour chercher et conduire l'étranger dans la chambre où Crillon avait passé la nuit, et le chevalier tirant Pontis à part entre la porte et le corridor de façon à n'être pas entendu d'Espérance:

—Il y a, lui dit-il, dans les poches de M. Espérance, un billet.

Pontis tressaillit.

—Tu le prendras et me l'apporteras, dit Crillon, mais sans qu'il s'en doute.

Pontis, étourdi, cherchait une réponse.

—En fouillant dans son pourpoint, garde qu'il ne s'aperçoive de rien. On dirait qu'il nous observe: rentre vite, et fais ce que je t'ai commandé aussitôt que tu en trouveras l'occasion.

Après avoir dit ces mots au cadet, il envoya un sourire d'adieu à son blessé, rejoignit le moine dans le corridor, non sans avoir adressé à la cellule du frère parleur un regard tellement curieux qu'il eût assurément percé la porte si elle n'eût été faite d'un bon chêne croisé de solides pentures.

Cette porte, du reste, n'était pas hermétiquement fermée, à ce qu'il paraît, car à mesure que Crillon descendait, elle s'ouvrit, poussée par l'air, sans doute, et ne se referma complètement qu'au moment où l'étranger, conduit a la chambre de Crillon, y fut introduit et s'y enferma plus vite qu'on n'eût pu s'y attendre.