—Aujourd'hui nous nous crottons dans une mare. Mais, sire, il ne faut pas se désespérer pour si peu. M. de Brissac revirera encore, disiez-vous?

—Certes, oui, quand il saura que je l'ai berné.

—Eh bien, nous reprendrons la cuirasse, nous tirerons l'épée, et cette fois, M. de Brissac sera content, car nous lui ferons franc jeu.

—Encore se battre, encore tuer des Français!

—Qui veut la fin accepte les moyens.

—Je veux la fin, dit Henri d'une voix brève, et je l'aurai. En attendant, il importe que je parle à ces moines. Je vous répète, mon ami, qu'ils savent trop bien mes affaires et s'en occupent avec trop de zèle pour que je ne gagne point quelque chose à causer avec eux. Les conspirations de toute nature s'organisent aujourd'hui dans les couvents. J'en sais une ici, chez les génovéfains, et, bien qu'elle ne semble intéresser que Henri dans la personne de sa maîtresse, Gabrielle, elle intéresse aussi le roi, puisque les génovéfains le poussent vers l'abjuration, en lui montrant Gabrielle comme récompense: moyen de moine dont s'accommode ma petite politique amoureuse. Mais comment savent-ils que j'aime Gabrielle? pourquoi veulent-ils que j'abjure? Tout cela vaut que je les interroge. Veuillez donc, mon cher Crillon, demander, comme pour vous, une audience au prieur, une audience secrète.

—J'y vais, sire.

—Vous pensez qu'ils ne me connaissent point?

—Rien ne le prouve jusqu'ici; mais en vous voyant, peut-être vous reconnaîtront-ils.

—Peu importe. Je jouerai cartes sur table. Nous sommes ici dans un couvent gouverné par un prieur renommé pour ses lumières. Henri de Navarre, le huguenot, peut, sans rien compromettre, venir consulter ce prieur, comme il en a consulté tant d'autres de toutes robes et de toutes sectes. Voilà mon motif, s'ils me reconnaissent. J'irai plus loin dans mes investigations, s'ils ne me reconnaissent pas.