Frère Robert courba humblement sa tête sous cette flagellation que lui infligeait le coudrier du prieur.

—Il me semble, continua le traducteur, que ce bon frère rend assez nettement ma pensée pour vous en donner une idée exacte, assez vivement pour ne pas fatiguer votre attention. J'ajouterai, quant au dernier point que vous avez effleuré, c'est-à-dire le secret de nos entretiens, que, depuis longues années, frère Robert a communiqué toutes mes pensées à bien des personnes placées dans des positions délicates, aussi délicates pour le moins que la vôtre, monsieur le chevalier, sans que jamais une plainte, un soupçon se soient élevés contre sa discrétion. Je répondrais de moi aussi bien que de lui; mais je réponds de lui comme de moi-même. Du reste, pour peu que le scrupule vous tienne, ne vous croyez obligé à me rien dire; et si vous préférez m'écrire, je saurais seul votre pensée. Seulement, vous serez assez bon pour faire quelques efforts d'intelligence afin d'arriver à comprendre la réponse de ma baguette; frère Robert détournera la tête pendant ce temps-là et ne saura rien de notre conversation.

Après ce discours, dom Modeste reposa sa main fatiguée par le jeu du coudrier. La frère parleur reprit sa cire et son ébauchoir. Le roi se frotta la barbe en murmurant:

—Décidément, dans ces deux hommes, il y en a au moins un qui est très-fort; mais je crois bien qu'il n'y en a qu'un. Lequel?

Il prit son parti sur-le-champ.

—Je suis convaincu, dit-il, et je n'hésiterai plus à tout vous exposer. Si vous ne connaissez pas le roi Henri, du moins Crillon vous est assez connu pour que vous excusiez les boutades de sa franchise. J'avoue que les apparences du mystère dont on s'entoure ici m'avaient inspiré de la défiance.

—Quel mystère? psalmodia frère Robert.

—Ces ténèbres, à peine combattues par un pâle rayon de jour.

—Ma vue est faible, traduisit le parleur.

—L'obstination du frère Robert à cacher son visage.