—Et … le blessé?
—Chicot tomba. Je le fis panser, soigner par de bons chirurgiens.
—Chez vous?… dans votre tente, n'est-ce pas? monsieur le chevalier, demanda Robert.
—Dans ma tente … dit le roi embarrassé, je n'en avais pas toujours.
—Dans le logis du roi, enfin … le roi logeait toujours quelque part. Lorsque le roi Henri III était en campagne, Chicot, il me l'a dit, fut souvent blessé près de lui, et toujours il fut soigné chez le roi. Il couchait à ses pieds … c'est le privilège des chiens fidèles.
Le roi rougit. Ses yeux si loyaux et si brillants se troublèrent. Un remords soulevé par ces paroles si simples monta lentement de son coeur à ses lèvres et il balbutia:
—C'est vrai … j'oubliai de faire panser Chicot chez moi; je l'avais envoyé dans une maison sûre. J'appris qu'il s'affaiblissait tous les jours, et enfin on vint me prévenir qu'il était au plus mal. J'accourus … il était mort.
—De votre part, c'était naturel, monsieur le chevalier, mais de la part du roi Henri IV?… Oh! si Chicot eût couché aux pieds du roi, murmura Robert d'une voix lugubre et déchirante, il eût eu du moins l'ineffable bonheur de rendre le dernier soupir en bénissant son maître, et tous ses services eussent été assez payés!
Le roi courba le front en proie à une émotion que jamais peut-être il n'avait ressentie.
—Enfin, continua Robert d'un ton solennel et les yeux fixés sur dom Modeste, M. de Chicot est mort. Paix à son âme. C'était un homme de bonne volonté, comme dit l'Écriture! et félicitons-le maintenant qu'il n'est plus au service des grands de la terre!