—Ah! madame….

—Par le roi de Navarre, par le Béarnais qui lui a, hier soir, envoyé copie exacte du traité passé entre l'Espagne et moi au sujet du mariage de l'infante.

—Voilà qui est incroyable! s'écria frère Robert avec une grimace intraduisible. Quoi! le Béarnais sait tout! qui le lui a dit?

—C'est ce que je venais vous demander, répliqua la duchesse d'une voix sombre; voilà pourquoi mon impatiente colère a commencé par menacer, voilà pourquoi enfin vous me voyez prête à tout faire, sinon pour réparer le mal énorme que me cause cette trahison, du moins pour découvrir et punir si cruellement le traître, que l'horreur du châtiment s'en transmette aux siècles les plus reculés. Est-ce votre avis, dom Modeste?

—Complètement, répondit l'interprète d'un air dégagé.

—Avez-vous quelque idée sur le supplice qu'on pourrait lui infliger?

—Nous prendrons, si vous voulez, toutes les tortures des Persans et des Carthaginois; j'en ai un livre assez gros tout rempli, avec commentaires et figures. Quelques-uns de ces supplices sont d'un ingénieux qui surpasse toute imagination.

—Vous me plaisez en parlant ainsi, dit la duchesse avec un rugissement de colère … Mais d'abord….

—Je sais ce que Votre Seigneurie veut dire; d'abord il faut connaître le coupable, secundo l'appréhender, tertio le convaincre.

—Ce ne sera pas difficile, monsieur le prieur.