—Alors l'Espagne vous joue, et a envoyé un double de sa dépêche soit au roi de Navarre, soit à M. de Mayenne. L'Espagne veut régner en France, sans votre neveu et sans vous? Elle vous croit trop forte et veut vous affaiblir en fortifiant momentanément votre ennemi Henri IV.
La duchesse réfléchit, frappée de cette idée nouvelle.
—C'est possible, murmura-t-elle.
—C'est certain, et je vous engage fortement à faire écarteler S. M. très-catholique, si mieux vous n'aimez faire décapiter cette perfide Catherine de Lorraine, duchesse de Montpensier, pour la punir de s'être trahie elle-même, en prenant l'intermédiaire des Espagnols.
—Vous avez raison, dom Modeste.
—Il fallait faire vos affaires vous-même.
—Cela m'a toujours réussi, et c'est ce que je ferai.
—Il est vrai que vous vous êtes mise aujourd'hui en un grand embarras.
—J'en sortirai.
—Je ne vous demanderai pas comment, de peur que demain vous ne m'accusiez encore d'avoir prévenu le Béarnais … le Béarnais, qui a juré de faire rouer et brûler vif tous ceux qui ont trempé dans la mort du feu roi! le Béarnais, dont le triomphe serait ma perte comme la vôtre!