—Demain le roi sera enfermé dans quelque bonne forteresse.

—Par vous? s'écria frère Robert.

—Oh! non, je n'y essayerai même pas, moi, mais ses amis feront la besogne.

—Ses amis l'enfermeront?

—Ses amis les huguenots. Oui, furieux des bruits qui courent sur l'abjuration de leur chef, ils ont fait un petit complot, et l'enlèvent aujourd'hui même dans la retraite qu'il s'est choisie, chez sa nouvelle maîtresse, Mlle d'Estrées.

—Ils ont eu cet esprit?

—On le leur a soufflé. Ils enlèvent donc précieusement Henri IV, le gardent à vue, pour l'éloigner de la messe, leur antipathie, et pendant sa captivité, j'aurai regagné les avantages que la trahison de l'Espagnol m'a fait perdre.

—C'est parfaitement ingénieux, interpréta Robert, d'utiliser ainsi les amis de son ennemi. Mais avez-vous la certitude que les huguenots enlèveront le roi avant l'abjuration?

—Son escorte elle-même s'en est chargée. Il a fait venir aux environs de Chatou une troupe pour protéger ses excursions amoureuses. C'est un galant, notre Béarnais. Eh bien! on le protégera de façon qu'il n'aura plus de risques à courir.

Frère Robert leva les yeux au plafond, dont les poutrelles avaient craqué.