—Qu'as-tu dit alors?

—J'ai prié le premier piquet de se diriger vers le couvent, de votre part. Aussitôt un cavalier que je ne connais pas s'est écrié: Si M. de Crillon y est, le roi pourrait bien s'y trouver aussi. Est-ce que c'est vrai, monsieur le chevalier, ajouta Pontis, que le roi se trouve au couvent?

—Que t'importe! continue.

—Il y a eu des pourparlers parmi les huguenots; j'ai entendu prononcer des noms: la Chaussée, Bougival, M. d'Estrées. On se querellait, on s'échauffait; bref, tout le détachement s'est mis en marche, en sorte qu'au lieu d'une escorte de huit hommes, vous allez dans une demi-heure en avoir plus d'un cent.

Une légère pâleur passa sur le front du roi. Crillon, sans changer de couleur, s'arracha deux on trois poils de barbe en réfléchissant.

—Est-ce tout, monsieur, dit Pontis, car j'ai hâte d'aller voir mon blessé, mon pauvre Espérance, qui se plaignait d'avoir faim tout à l'heure. Y puis-je aller?

Crillon, touchant du doigt la manche de Pontis, comme si par le contact du plus brave homme de l'Europe il eût voulu centupler la valeur de son unique soldat:

—Tu as une bonne épée? demanda-t-il.

—Je crois que oui, monsieur, dit Pontis surpris.

—Tu vas la tirer du fourreau. Tu te planteras au bout de ce corridor, au débouché de l'escalier.