—Et je crois, moi, dit tranquillement frère Robert, que le roi n'en partira que plus vite; car il ne voudrait pas perdre sa couronne et ruiner ses amis pour une oeillade. Il ne voudrait pas rendre les génovéfains suspects à M. d'Estrées, qui a pleine confiance en eux. Enfin le roi et Mlle d'Estrées ne peuvent habiter ici en même temps.

—Vous avez raison, frère Robert, Henri oublie toujours qu'il s'appelle roi! Je pars, mais un dernier adieu à Gabrielle; où logera-t-elle, je vous prie?

—Là-bas! dit le moine.

Henri s'approcha alors de la fenêtre qui donnait sur les jardins. A l'extrémité du potager, c'est-à-dire à cent pas environ, s'élevait, au milieu des arbres, un pavillon octogone à deux étages, dont les contrevents venaient de s'ouvrir, et que le soleil radieux inondait de lumière et de chaleur.

Par les fenêtres béantes, Henri vit s'empresser Gratienne et une autre fllle de service qui secouaient les tentures ou emplissaient d'eau des vases pour lesquels Gabrielle, assise au balcon de la fenêtre principale, préparait des roses et des jasmins fraîchement cueillis dans le parterre.

Le coeur d'Henri s'emplit d'une tristesse amère quand il se vit si près de sa belle maîtresse dont, grâce à ce beau temps sans souffle et sans nuages, il entendait la douce voix se mêler dans les feuillages au chant des pinsons et des fauvettes.

—0 mon trésor d'amour! s'écria-t-il, je reviendrai! et je reviendrai catholique! ajouta-t-il avec un significatif sourire.

Déjà frère Robert avait devancé le roi. Ils passèrent devant une porte entr'ouverte par laquelle, au bruit de leurs pas, sortit une voix qui criait:

—Pontis! j'ai faim.

—N'est-ce pas le blessé de Crillon qui parle ainsi? demanda le roi.