Pontis fit le gros dos.
—Des couturières, allons, ajouta Espérance, je veux bien faire cette concession à ton juste orgueil. Mon cher, il en est de certaines femmes comme de certains chevaux. Pour punir ceux-ci, tu prends ton plus gros fouet, ton plus lourd bâton, un nerf de boeuf; mais cette bonne jument que j'avais, qu'on m'a volée là-bas, Diane, essaye de la battre!… Je n'avais pour la mettre au désespoir, qu'à dire: Voilà une bête paresseuse, je la vendrai. Diane eût fait alors le tour du monde. C'est qu'elle est de race noble et qu'elle sent l'outrage. Proportionne donc toujours la peine à la créature.
—Belle créature que celle d'Ormesson.
—Il a été dit, mon maître, qu'on n'en parlerait jamais, reprit Espérance avec une sorte de hauteur qui témoignait chez lui d'un vif déplaisir. Ainsi, plus un mot. Parlons de la dame qui habite le bâtiment neuf, et à laquelle un bossu tend des pièges nocturnes, ce qui est laid et indigne d'un homme. Je n'ai jamais aimé l'affût, même à la chasse. Il me faut la lutte. Je veux que mon ennemi, fût-ce un sanglier, me voie en face et choisisse parmi ses chances de salut ou de défense celle qui lui paraît la meilleure. Ici, la bête est inoffensive. Le chasseur est un petit monstre dont l'âme, j'en ai peur, est difforme comme l'échine. Mais, la partie est inégale entre ces deux adversaires. Rétablissons l'égalité.
Pontis allait s'écrier, gesticuler, Espérance lui saisit les bras.
—Je sais ce que tu vas dire, je vois les mots s'arranger sur tes lèvres: Ce brave bossu est sur le point d'épouser une femme, et on le trompe.
—Précisément.
—Mais triple Pontis que tu es, il veut épouser de force, puisque la future ne veut pas de lui.
—Elle a un amant.
—Raison de plus pour qu'elle refuse ce bossu.