—N'est-ce pas, s'écria le futur, n'est-ce pas qu'il y va de mon honneur? Figurez-vous que tous mes amis attendent la fin de cette ridicule affaire. On me sait fiancé à mademoiselle d'Estrées; on peut avoir deviné les poursuites du roi. Chacun se dit en raillant, vous savez, l'épousera-t-il? l'épousera-t-il pas? C'est fatigant. Au moins, quand ce sera fini nous verrons.

—Vous vous méprenez sur le sens de mes paroles, dit Espérance; il y va de votre honneur si vous épousez une femme qui refuse votre alliance.

—Oh! par exemple! dit le petit homme, voilà qui m'est bien égal! C'est toujours de même avec les jeunes filles. Monsieur, ma première femme a fait les mêmes difficultés; il a fallu la contraindre à se marier. Un mois après elle se serait jetée dans le feu pour me suivre. Allons, frère Robert, allons faire nos préparatifs.

—Je vous supplie encore une fois de réfléchir, dit Espérance, il se pourrait que vous vous fissiez des ennemis mortels.

—Nous avons des lois! dit le petit homme avec emphase.

—Les lois ne vous sauveront pas du mépris public, dit Espérance indigné.

—Monsieur! si vous n'étiez pas blessé, malade! s'écria Nicolas d'Armeval en se dressant sur ses ergots avec une pantalonnade toute gasconne.

Espérance allait s'irriter. Frère Robert intervint, arrêtant le petit homme d'un regard.

—Mon frère, dit-il au futur, vous ne comprenez point les sages paroles de M. Espérance. C'est un gentilhomme trop bien élevé pour provoquer des querelles dans une sainte maison dont il est l'hôte. Il veut vous dire seulement que si, par hasard, votre femme se vengeait plus tard, il en résulterait pour votre considération un ou plusieurs échecs….

—Très-bien! très-bien! dit le petit homme, vaincu par l'attitude calme et inoffensive que venait de prendre Espérance. Oh! plus tard comme plus tard, je réponds de la seconde madame de Liancourt comme de la première. Et puisque M. Espérance n'a que de bonnes intentions pour moi, rien ne m'arrête plus pour lui dire en ami:—Venez ce soir souper avec nous à Bougival chez le beau-père, où nous nous rendrons après la cérémonie. Pour ne point attirer imprudemment l'attention, nous aurons peu d'amis à l'église, beaucoup au festin de noces; on rira, c'est moi qui en réponds, on rira et l'on narguera les envieux! C'est convenu, monsieur Espérance, vous êtes des nôtres, vous et l'autre gentilhomme, le garde du roi! Ah! j'aurai à ma noce un garde du roi c'est piquant. Je ne le vois pas, ce gentilhomme, où est-il donc?