—Qui? demanda Espérance en attachant un regard assuré sur le visage de la Ramée, qui détourna les yeux comme s'il craignait d'en avoir trop dit.

Evidemment, poursuivit Espérance fort du silence de son ennemi, je parle avec connaissance de cause, et j'ai puisé mes renseignements sur vous à de bonnes sources.

—Vous on avez trop dit pour ne pas achever, monsieur, répliqua le pâle jeune homme. Et ces mêmes détails, fit-il en baissant la voix, ne vous ont pas tous été confiés pour que vous en abusiez comme vous venez de le faire.

Espérance, au lieu de se laisser engager dans cette explication particulière, haussa la voix sur-le-champ, et dit:

—Voyons, un refus ou un acquiescement.

—Je réfléchirai.

-Je vous donne dix minutes.

Ce ton bref et provocateur réveilla l'orgueil de la Ramée qui sur-le-champ s'écria:

—Soit. J'ai réfléchi. Le voleur sera mis à mort, et, quant à nous, nous causerons après.

—Du tout, nous causerons tout de suite. Je suis las de vos fanfaronnades et de vos férocités. Celui que vous appelez le voleur, n'est pour moi qu'un jeune homme affamé; vous demandez sa mort, je demande sa vie, et, comme pour arriver à votre but, vous avez pris tous les chemins, même les moins dignes d'un gentilhomme, à mon tour j'userai de tous les moyens en mon pouvoir. Je vous préviens donc que je vous tiens pour un déloyal et méchant garnement, que tout à l'heure je coucherai sur l'herbe d'un coup d'épée, si Dieu est juste. Et parce que je pourrais avoir mauvaise chance dans ce combat, je veux avant de l'entreprendre vous ôter toute ressource et toute fuite. Si vous me tuez, je veux que vous soyez pendu. Cela m'est très-facile. Écoutez bien!