Elle était cachetée d'une large cire noire, empreinte d'une devise arabe. On eût dit le type d'une de ces vieilles pièces orientales sur lesquelles les califes faisaient frapper un précepte du Koran ou un éloge de leurs vertus.
La lettre était contenue dans une enveloppe de parchemin d'Italie. Il s'en exhalait un vague parfum noble et sévère comme celui de l'encens ou du cinnamome.
Espérance se recula modestement, tandis que Crillon déchirait l'enveloppe. Mais, si peu curieux qu'il voulût être, il fut frappé de l'expression du visage de Crillon, dès la lecture des premières lignes. Ce fut d'abord de la surprise, puis une attention si profonde qu'elle ressemblait à de la stupeur.
Puis, à mesure qu'il lisait, le vieux guerrier baissait la tête. Il pâlit enfin, appuya sa tête sur sa main et poussa un soupir semblable à un gémissement.
On eût dit le passage d'une nuée noire sur un vallon doré de la Lombardie. Tout s'était assombri sur cette sereine et affable physionomie du chevalier.
Crillon releva comme avec effort sa main qui avait fléchi sous le poids de cette lettre si légère. Il la relut encore, puis encore, et toujours avec une émotion qui dégénérait en trouble, en anxiété.
—Monsieur, balbutia-t-il en fixant sur le jeune homme un regard mal assuré, cette lettre me surprend, je l'avoue, elle me frappe. Je chercherais en vain à vous le dissimuler.
—Ah! monsieur, dit vivement Espérance, si la commission vous est désagréable, ne m'en veuillez pas. Dieu m'est témoin que si je l'ai acceptée, c'est malgré moi.
—Je ne vous accuse pas, jeune homme, tant s'en faut, repartit Crillon avec la même bienveillance; mais j'ai besoin de comprendre tout à fait les choses, un peu obscures pour moi, qui sont renfermées dans cette lettre, et je vous demanderai….
—Vous vous adressez bien mal, monsieur, car j'ai reçu une lettre aussi, moi, et je ne l'ai pas comprise le moins du monde. Si vous voulez m'aider pour la mienne, je tâcherai de vous aider pour la vôtre.