—Cependant, votre mère dont vous parliez… elle a un nom?
-C'est probable, mais je ne le sais pas.
—Eh quoi! dit Crillon avec surprise, vous n'avez jamais entendu nommer devant vous madame votre mère?
—Jamais, par une excellente raison, c'est que je n'ai jamais vu ma mère.
—Qui donc vous a élevé?
—Une nourrice qui est morte quand j'avais cinq ans, puis un savant qui m'a donné les notions de tout ce qu'il savait, et des maîtres pour le reste. Il m'a enseigné les sciences, les arts, les langues, et a payé des écuyers, des officiers, des maîtres d'armes pour m'apprendre tout ce que doit et peut savoir un homme.
—Et vous savez tout cela? demanda Crillon avec une sorte d'admiration naïve.
—Oui, monsieur. Je sais l'espagnol, l'allemand, l'anglais, l'italien, le latin et le grec; je sais la botanique, la chimie, l'astronomie; quant à me tenir à cheval, à manier une épée ou une lance, à tirer un coup de mousquet, à nager, à dessiner des fortifications, je n'y réussis pas mal, à ce que disaient mes maîtres.
—Vous êtes un aimable garçon, dit le vieux chevalier; mais revenons à votre mère. Ce devait être une bonne mère pourtant, puisqu'elle a pris un pareil soin de votre éducation.
—Je n'en doute pas.