« Je vous adjure ensuite, si votre inclination vous porte à embrasser le métier des armes, de ne jamais servir une cause qui vous oblige de combattre contre M. le chevalier de Crillon. Mon serviteur vous remettra une lettre pour cet homme illustre. Vous la rendrez vous-même à M. de Crillon. »
« Adieu. Je vous avais nommé Espérance, parce qu'en vous était tout mon espoir sur la terre. Aujourd'hui encore vous vous nommez pour moi Espérance. Je vous attends au ciel pour l'éternité! »
Il n'y avait pas de nom au bas de cette lettre; rien qu'un large et long espace vide: soit que la mort, se hâtant d'enlever sa proie, lui eût assuré le secret éternel en l'empêchant de tracer un nom, soit que la mourante elle-même se fût arrêtée au moment de se nommer, et que, soumise encore à la loi mystérieuse qui avait dirigé toute sa vie, elle eût voulu précipiter avec elle son secret dans le néant….
—En sorte, dit Crillon après un long silence, que vous ignorez qui était … cette personne?
—Absolument.
—N'importe, voilà une lettre touchante, ajouta le chevalier de Crillon en proie à l'émotion la plus vive. C'est bien une lettre de mère.
—Vous trouvez, n'est-ce pas, monsieur le chevalier?
—Continuez votre récit, jeune homme, et dites ce qu'était devenu votre précepteur.
—Vous allez le deviner, monsieur. Quand j'eus achevé cette lettre de ma mère, le vieillard me voyant touché, les yeux humides, me prit et me baisa la main.
—Puis-je savoir, lui demandai-je, si l'on vous a chargé de me dire le nom qui n'est pas écrit sur ce papier?