—Vingt-quatre mille écus par an! s'écria Crillon.
—Tout autant.
—Vous voilà bien riche, jeune homme.
—Trop. C'est une fortune royale dans un temps où personne n'a plus d'argent. Et il faut, disais-je au serviteur de ma mère, que cette somme qui m'est destinée soit bien considérable; car si j'allais vivre cinquante ans!
—Vos enfants continueront à la toucher, répondit le vieillard avec un sourire. Ne craignez rien, vous n'épuiserez pas votre cassette.
—Mon ami, murmurai-je, si ma mère, a économisé tout cela sur ses pierreries, elle en avait donc beaucoup?
—Beaucoup, dit-il gravement, beaucoup en effet.
—Et j'ajoute, reprit Espérance en s'adressant à Crillon, que tout cela est bien étrange, n'est-ce pas?
—Oui, jeune homme, soupira le chevalier.
—Pour achever, monsieur, le vieillard passa près de moi la journée, me fit des caresses toujours respectueuses qui me le firent aimer tendrement; puis, après m'avoir fait promettre de ne le suivre point et de ne questionner qui que ce fût à son sujet, il repartit. Je ne l'ai plus revu; seulement, tous les mois les deux mille écus m'arrivent.