—Et, par conséquent, il y a six mois que vous gardez cette lettre qui m'était destinée; vous n'avez eu guère de hâte!

Espérance rougit.

—Ai-je mal fait? demanda-t-il. Je ne me suis pas cru pressé. Qu'exigeait de moi la volonté de ma mère? De ne point prendre parti contre M. de Crillon; je ne l'ai pas fait. De porter un message à M. de Crillon; je viens de le faire. Certes, j'eusse pu me hâter plus, mais vous faisiez la guerre ça et là, loin de moi. C'était un voyage à entreprendre qui, je l'avoue, m'eût gêné beaucoup en ce temps-là.

—Quelque amourette vous occupait, sans doute?

—Oui, monsieur, répliqua Espérance en souriant de la plus charmante façon. Je vous supplie de me pardonner. Les jeunes gens sont égoïstes, ils ne veulent pas perdre une seule des fleurs que sème pour eux la jeunesse.

—Je ne vous blâme point, dit Crillon, mais ces amours sont donc terminées, ces fleurs sont donc fanées, que je vous vois aujourd'hui?

—Non, monsieur, Dieu merci, car ma maîtresse est adorable.

—Cependant, vous la quittez pour moi.

—Eh bien, non, dit Espérance avec enjouement; non, monsieur le chevalier, je n'ai pas même cette bonne action à compter. Vous m'excuserez en faveur de ma franchise. Je ne viens près de vous que pour suivre ma maîtresse.

—En vérité!