—Eh bien! monsieur, dit-il en s'approchant avec son air engageant et poli, avez-vous découvert qu'il soit nécessaire de me faire pendre comme maître la Ramée tout à l'heure?
—Oh! si l'on cherchait un peu, répliqua Crillon en souriant, on trouverait bien certaines peccadilles.
Et il passa son bras sous celui du jeune homme, heureux et surpris de cette douce familiarité.
—Mais, continua Crillon, ce n'est pas de cela qu'il s'agit. Vous courez les aventures, mon jeune maître, et fort imprudemment, ce me semble. Comment, en temps de guerre, un cavalier de votre mine et de votre qualité se risque-t-il à arpenter le grand chemin, seul, avec un cheval et un portemanteau, qui tenteraient tant de gens désoeuvrés?
—C'est que, monsieur, répliqua Espérance, pour aller où je vais, je ne puis prendre de valet ni d'escorte. Il ne manquerait plus que d'emmener des trompettes, et de faire sonner fanfares.
Crillon l'interrompit.
—Vous ne prendrez point mal mes questions, dit-il. On vous a recommandé à moi, et je me crois autorisé, vous sachant orphelin, seul, à vous offrir mes conseils, sinon ma protection.
—Monsieur, c'est trop de bontés, et soyez assuré que conseils et protection me sont bien précieux de votre part.
—A la bonne heure. Je continue donc: nous avons un rendez-vous et nous y allons?
—Oui, monsieur.