Pontis, fier d'avoir été choisi, se prélassait sur le grand cheval du colonel. Il laissa prendre l'avance à ses compagnons, et les suivit au petit pas hors de la portée de la voix, comme un discret et délicat serviteur.

Le temps était magnifique, et la campagne, protégée par la trêve, épanouissait de jaunes moissons sur lesquelles se jouait le soleil. Les chevaux hennissaient de plaisir à chaque souffle de la brise tiède qui leur apportait l'arôme des foins frais et des pailles odorantes.

Lorsque Crillon eut respiré quelque temps en silence ce bon air de la paix, si doux aux braves soldats, il se rapprocha d'Espérance et lui dit:

—Encore une fois, je vous trouve imprudent de voyager seul et sans cuirasse ni salade quand vous êtes porteur de deux mille écus pour le moins.

—Moi? monsieur, deux mille écus! je n'ai pas cent vingt pistoles.

—Alors, vous n'avez donc pas reçu votre pension ce mois-ci?

—Ce mois-ci et tous les autres, mais….

—Ah! vous dissipez tant d'argent!

—Ce n'est pas pour moi, au moins, n'allez pas le croire, dit vivement
Espérance.

—Pour qui donc, alors?