—S'il y a là quelque cbose qui intéresse l'honneur, dit Espérance, soyez assez bon pour m'en instruire. Tout amoureux que je sois, je saurai prendre des mesures.

—Comment vous dire ma pensée sans calomnier des femmes, répondit lentement Crillon, ou du moins sans avoir l'air de calomnier. Or, c'est un métier révoltant pour moi, j'aime mieux me taire.

—Mais enfin, monsieur, dit Espérance, madame Touchet a pu être aimée de Charles IX, sans qu'un déshonneur infranchissable la sépare à jamais des honnêtes gens. Monsieur le comte d'Auvergne, fils du roi Charles IX, n'est sans doute pas un prince légitime, mais il est né prince, quoique bâtard, et je ne sais pas trop si j'aurais bonne grâce à faire le dégoûté en pareille circonstance. Il y a au bas de la lettre de ma mère certain espace blanc, certain anonyme qui me dispose très-fort à l'indulgence chrétienne envers les enfants illégitimes.

Crillon rougit, et sa conscience acheva de donner raison au jeune homme. Espérance reprit:

—Pour en revenir à monsieur le comte d'Auvergne, qui m'est parfaitement inconnu, du reste, sa part est encore très-honorable. Il a été élevé dans le cabinet même du feu roi Henri III, et n'est pas mal traité du roi actuel. D'ailleurs, je ne le fréquente pas, moi. C'est à la fille que j'adresse ma cour et non à la mère.

Crillon continua à secouer la tête.

—Le poing y a passé, dit-il; le bras entier, puis tout le corps y passeront. Ces Entragues ne sont pas des gens comme les autres; ce qu'ils tiennent, ils le tiennent bien. Et voyez, vous en êtes déjà aux présents de noces … Harnibieu! vous épouseriez une Entragues, vous!…

—Pourquoi non? dit Espérance, frappé du ton de volonté presque colère avec lequel Crillon, un étranger, venait de lui parler de ses affaires de coeur.

—Voici mes raisons, mon ami: d'abord vous avez annoncé quelques bonnes dispositions pour le parti du roi, qui est le mien, cela vous est recommandé, je crois, par madame votre mère….

—Oui, monsieur, et je ne pense pas y contrevenir.