—Connaît-on ce gentilhomme? demanda-t-elle.

—Il s'appelle la Ramée, répondit le page.

VI

LA PATROUILLE BOURGEOISE

Le soir était venu après cette journée agitée. Les bourgeois paisibles, ceux qui n'ont d'autre souci que de dormir leurs dix heures, s'étaient retirés chez eux.

Il en était de même des ligueurs, qui, déjà émus par la distribution des billets d'absolution, avaient été prévenus amicalement de rester dans leurs logis et de se bien barricader, attendu que les promesses du Béarnais cachaient quelque piège—une Saint-Barthélémy, peut-être.

Toute l'activité belliqueuse des Parisiens se déployait autour des portes. C'était l'heure à laquelle rentraient les retardataires, ceux qui, appelés par la promenade ou le négoce dans la banlieue, reviennent chaque soir avant le couvre-feu.

Et pour un observateur qui eût pu planer sur la ville le spectacle eût été bizarre. Les figures qui rentrèrent ce soir-là par les différentes portes de Paris ne se fussent certainement par hasardées à se présenter au grand jour.

C'étaient des tournures si raides sous l'habit bourgeois, des femmes d'une si prodigieuse hauteur, bien qu'elles marchassent courbées sous un fardeau; c'étaient des meuniers montant de si beaux chevaux de guerre ou des colporteurs manoeuvrant des caisses de formes si étranges, que le défiant Espagnol ne les eût pas laissés passer en plein jour sans un examen approfondi.

Tous ces visiteurs bizarres se dirigèrent par des routes bien différentes vers l'Arsenal, quartier désert, et prirent position en silence, comme des gens qui installeraient un marché, au bord de la rivière, au delà des contrescarpes de la Bastille.