—Vous êtes bien libre de la marier, mais je suis libre d'aller lui en faire mes compliments de condoléances. Allons, monsieur, où est-elle?

Le comte se redressant.

—J'aurai l'honneur, dit-il, de diriger Votre Majesté.

—Soit. Vous voulez entendre ce que je vais dire à la pauvre enfant? Eh bien! j'aime autant que vous l'entendiez. Montrez-moi la route.

M. d'Estrées, les dents serrées, les jambes tremblantes, s'inclina et passa devant pour ouvrir les portes. Il conduisit Henri du coté du bâtiment neuf.

—Prévenez le révérend prieur, dit Henri à des religieux groupés sur son passage, que je lui rendrai ma visite tout à l'heure.

Gabrielle, depuis les terribles émotions de la veille, avait gardé la chambre, veillée par Gratienne, qui lui rendait compte exactement du moindre bruit, de la moindre nouvelle. C'est par Gratienne qu'elle avait reçu la réponse du roi, apportée deux heures après le mariage par Pontis, et plus que jamais elle avait déploré sa défaite en voyant le roi si tranquille sur sa fidélité. Maintenant, il ne s'agissait plus que de lutter pour demeurer chez les génovéfains, au lieu de retourner, soit chez son père, soit chez son mari. En cela elle avait reconnu la secrète coopération du frère parleur. M. d'Armeval disparu, rien ne la forçait plus d'aller à Bougival, tout l'engageait à rester au couvent, autour duquel M. d'Estrées, effaré, cherchait son gendre, dont il attribuait l'étrange absence à quelque piège tendu par le roi.

Gabrielle ressemblait au patient dont le bourreau ne se retrouve pas à l'heure du supplice. Levée avant le jour, habillée depuis la veille, elle s'était mise à la fenêtre et interrogeait avec anxiété, tantôt la route pour voir si son père ramènerait le mari perdu, tantôt les jardins pour recueillir les signaux ou les messages que pourraient lui envoyer ses nouveaux amis.

L'agitation de Gabrielle envahissait par contre-coup la chambre d'Espérance. Pontis avait trouvé son blessé dans un état de surexcitation si incroyable, qu'il ne voulait pas croire que le mariage improvisé d'une fille inconnue avec un bossu pût amener de pareilles perturbations dans le cerveau d'un homme raisonnable. Il assemblait les plus bizarres combinaisons pour découvrir la vérité. On le voyait, sautant et ressautant par la fenêtre, courir en quête d'un éclaircissement, comme un renard en chasse; et son ami, au contraire, restait couché, la tête ensevelie sous les oreillers, comme pour étouffer une secrète douleur.

Ce fut Pontis qui, au point du jour, apprit à Espérance que le petit mari n'était pas encore retrouvé.