—C'est pourtant la vérité, dit Crillon, et on en a tant ri par ici que je m'étonne d'en pouvoir rire encore. J'espère que je vous apprends des nouvelles capables de vous remettre en belle humeur.
—Certes, monsieur, balbutia le jeune homme en serrant ses ongles dans ses mains. Mais malgré toute cette hilarité, je vois un roi malheureux et une femme bien à plaindre.
—Oh! le roi n'est pas de nature à se chagriner longtemps, et si l'on en croit les caquets de la cour, il prend déjà des mesures.
—Pour renvoyer Mme de Liancourt?
—Ne l'appelez plus comme cela. Elle est marquise de Monceaux depuis la naissance du petit César, un admirable enfant, après tout. Eh bien! je ne dis pas que le roi veuille la renvoyer, il l'aime passionnément, mais il se distrait un peu ça et là. Pourtant, la marquise est bien belle. Ah! qu'elle est belle! Jamais elle n'a été plus belle.
—Monsieur le chevalier, interrompit vivement Espérance, si nous parlions un peu de ce cher Pontis, m'a-t-il oublié?
—Lui, oh! non pas. Mais depuis que vous n'êtes plus là, le drôle a repris ses allures. Il a beaucoup fait la guerre, c'est une excuse. Car avec le roi la guerre est maigre et nourrit peu le soldat. Il n'y a pas d'eau à boire.
—Pourvu qu'il y ait un peu de vin, dit Espérance.
—Oh! Pontis en trouve toujours. Il en a su trouver en Artois! Il est impayable pour flairer les dames-jeannes. En vérité, ce serait charitable de votre part d'entrer aux gardes, vous feriez de Pontis un sujet parfait. Il vous aime, il vous craint. Entrez aux gardes.
—N'insistez pas, monsieur, je vous prie, dit Espérance avec douceur; mon parti est pris sans retour. Tout ce que vous venez de me dire m'a étonné le cerveau. Je n'aime pas la cour, je n'aime plus le monde; je n'ai qu'un seul désir….