Qu'on se figure l'attitude de M. d'Estrées pendant ces lamentations. Il en mordait de rage ses gants et son chapeau.
—Mademoiselle, dit le roi, voilà donc pourquoi vous n'êtes pas venue à
Saint-Denis aujourd'hui, joindre vos prières à celles de tous mes amis!
—Mon coeur a dit ces prières, sire, répliqua Gabrielle, et nul en votre royaume ne les a prononcées plus sincères pour votre bonheur.
—Pendant que vous étiez malheureuse! car vous l'êtes, n'est-ce pas, du mariage que l'on vous a fait faire.
—J'ai dû obéir à mon père, sire, répliqua Gabrielle en redoublant de soupirs et de larmes.
—Un roi, reprit Henri d'un air courroucé, ne violente pas les pères de famille dans l'exercice de leurs droits. Mais quand les femmes sont malheureuses et qu'elles se viennent plaindre à lui, le roi est maître d'y porter remède. Adressez-moi vos plaintes, mademoiselle. Hélas! je dois dire madame… mais telle a été l'incivilité de cette maison que j'ignore jusqu'au nom de votre mari.
M. d'Estrées crut devoir intervenir.
—C'est un loyal gentilhomme, serviteur dévoué de sa Majesté. D'ailleurs, je crois pouvoir hasarder que vous le connaissez maintenant, sire.
—Je ne vous comprends pas, monsieur, dit le roi avec hauteur.
—Mon père veut dire que M. de Liancourt a disparu depuis le mariage, s'écria Gabrielle, dont l'excellent coeur voulait à la fois rassurer l'amant et protéger le père.