—Mais pourquoi tous ces discours, Gabrielle?

—Qu'il me soit permis de faire un peu mon éloge, continua la jeune femme dont le front s'éclaircit sous un rayon moins sombre. Rien ne plaide pour moi que moi-même.

—Je ne vous comprends pas.

—Vous allez comprendre, sire; et d'abord, avant que j'aborde le sujet principal, laissez-moi vous faire remarquer que je ne m'irrite pas, que je ne récrimine pas. On m'a bien dit que votre abjuration, dont j'attribuais l'initiative à mon faible mérite, avait été résolue par vous avant que je vous la demandasse; que, par conséquent, en me livrant à vous comme rançon de ce sacrifice, j'avais été dupe. Mais être dupe de son coeur, c'est un titre de gloire; je ne vous ai jamais inquiété à cet égard. Mes yeux vous sont restés riants et caressants, mon humeur ne vous a point contrarié, ma compagnie fut toujours affable et douce, n'est-ce pas, sire?

—Hélas! hélas! vous m'effrayez avec cette mélancolie s'écria le roi, que l'allusion faite à sa supercherie de l'abjuration avait ému comme un reproche de conscience. Vous ne dites tout cela que pour en venir à un reproche plus sérieux.

-Oui, sire, et le voici. Malgré tout mon espoir de conserver votre affection par ma bonne conduite, il faut que je vous perde. Vous me trompez.

—Moi!

—Et c'est mal. Je n'ai ni défiance ni jalousie. Je crois ce que vous me dites. Comme un chien fidèle je puise chacun de mes sentiments dans vos yeux; triste quand vous souffrez, joyeuse quand vous souriez, toute et toujours à vous, j'avais droit de réclamer une affection réciproque.

—Tout mon amour vous appartient, Gabrielle, dit Henri le coeur plein d'angoisses.

—Non, sire!