—Sire, la trahison, c'est vous qui vous en êtes rendu coupable envers moi, qui ne le méritais pas. Vous avez brisé mon coeur, d'où la confiance et la tendresse débordaient à votre seule pensée. Vous avez fait plus que de me tromper, sire, vous avez détruit à jamais le repos de ma vie. Que dis-je? Ma conscience n'est plus tranquille.

—Comment, dit le roi éperdu de gêne, de colère, de douleur, votre conscience?

—Oui; forcé de vous cacher pour me tromper, comme si je vous épiais, vous vous échappez furtivement du Louvre, vous courez seul, sans défense, ce sombre Paris où respirent tant d'ennemis acharnés à votre perte, tant d'assassins! Votre vie en danger, sire, pour moi, parce que vous avez besoin de vous dérober à ma surveillance! Votre précieuse vie mise à la portée du premier bandit qui, pour arracher une bourse, ouvrirait le coeur du roi, ce coeur par lequel respire toute la France!

En disant ces mots, Gabrielle, vraie dans sa douleur, se répandit en larmes et en sanglots déchirants, et se renversa presque mourante sur les coussins de son fauteuil.

—Ah! misérable délateur, grommela le roi, je reconnais jusqu'à ses expressions! Gabrielle, ma vie, mon âme, reviens à toi! Pardonne!

La jeune femme, oppressée, ne pouvait parler.

Le roi s'agenouilla, l'enlaça de ses bras, réchauffa de baisers brûlants ses mains tremblantes de fièvre.

—Veux-tu que je meure de regret, de honte? dit-il. Je m'accuse; je te demande pardon. Un sot orgueil m'a emporté. Je suis un fol, un lâche coeur. Tout me prend: un oeil qui supplie, un sourire qui promet. J'ai une mesquine vanité: je fais le jeune homme. Oh! mais si tu savais le fond de mon coeur! si tu savais comme je t'aime! Est-il un ange plus doux que toi, plus riant, plus digne de tout mon amour! Tu le possèdes sans partage, crois-moi. Mon imagination s'est égarée peut-être, mais je te jure que ce tendre coeur n'a pas même été effleuré. Gabrielle! ma vie! reviens à toi! écoute-moi!

—Oh! sire, que de bontés. Mais le coup m'a trop profondément atteinte.

—Tu oublieras, j'ai oublié moi-même.