Mais, de toute la nuit, rien ne parut. Henriette en fut pour son insomnie, qu'obscurcirent çà et là des rêves fugitifs, pareils à ces vapeurs sinistres qui marchent détachées en tons livides sur le fond noir d'un ciel d'orage.
Le lendemain, elle était encore au lit, quand son père entra dans sa chambre. Il prit un siège et s'approcha du chevet d'Henriette. Son visage avait perdu l'humilité de la veille. Sur son front, moins bas, on eût pu distinguer quelque énergie semblable à un reflet de colère. A lui aussi, la nuit avait porté conseil.
Henriette, qui s'était préparée à continuer le rôle de plaignante, comprit qu'il fallait écouter avant de s'irriter. Elle écouta. M. d'Entragues débuta par le ton solennel.
—Vous ne m'avez pas bien expliqué, dit-il, le but de votre visite chez M. Zamet. L'horoscope est une invention plus ou moins adroite dont je ne suis pas dupe. Car, pour avoir un horoscope, on n'a pas besoin, jeune fille, de se compromettre par des allures équivoques, de courir les rues au risque d'être insultée, de donner lieu à des scandales.
—Que fait-on, je vous prie? interrompit Henriette, blessée de ce ton sévère.
—On fait ce que j'ai fait, mademoiselle, on écrit à M. Zamet qu'on le prie d'envoyer sa devineresse au domicile de M. le comte d'Entragues, attendu que ces sortes de femmes font payer leurs consultations, et que, lorsqu'on paye, on a le droit d'attendre tranquillement chez soi.
—Vous avez écrit à M. Zamet? s'écria Henriette.
—Oui, mademoiselle.
—Pour faire venir Leonora?
—Oui. M. le comte d'Auvergne, votre frère, à qui j'ai raconté, en tremblant, il est vrai, votre équipée, a jugé aussitôt, avec son tact parfait, que tout cela produirait un bruit fâcheux pour votre réputation, et, afin de perdre ce bruit dans un autre, il m'a engagé à convoquer chez nous la devineresse, de sorte que peu de gens seront tentés de vous reprocher ce qui se sera passé en présence de votre père et de votre frère.