—J'avais, dit-il enfin, plusieurs motifs pour ne plus reparaître. Le premier de tous, celui-là eût pu suffire, c'était le soin de ma guérison. En tombant, je m'étais heurté la tête sur un pilotis à fleur d'eau, une affreuse blessure, mortelle pour tout autre. Pendant six mois j'ai été presque fou.

—Il en a gardé quelque chose, se dirent la mère et la fille du regard.

—Ensuite, lorsque je fus guéri, continua la Ramée, je ne m'appartenais plus. Je me devais à la généreuse qui m'avait couvert de sa protection.

—Ah! quelqu'un vous avait protégé! dit Marie Touchet.

—Vous ne supposez pas que je sois sorti seul de l'eau avec une tête fendue comme une grenade trop mûre, répliqua la Ramée brutalement. Certes oui, j'ai été protégé efficacement et grandement.

—Tout ce que vous dites, interrompit Marie Touchet, soulève en nous un intérêt profond. Vous savez combien nous avons d'amitié pour vous.

—Je le sais, dit la Ramée avec un étrange sourire, dont Henriette et sa mère furent visiblement embarrassées. Aussi n'ai-je donné au silence et à la retraite que le temps strictement nécessaire. Aussitôt qu'il m'a été permis de revenir à Paris j'y suis revenu.

—Vous revenez aujourd'hui?

—J'y suis venu plusieurs fois en secret déjà. Oh! sans que vous vous en doutassiez, je veillais sur vous.

—Comment, demanda Marie Touchet avec un vif sentiment d'orgueil froissé, vous veilliez?…