—Permettez, sire, ajouta Gabrielle, que j'aille un peu consoler mon père.

—Bien peu!… revenez vite, car mes instants sont comptés.

Gabrielle partit. On vit des religieux dresser une table sous le berceau, d'où Espérance et Pontis s'était discrètement éloignés à leur approche.

Le roi s'avança vers le moine et le regarda d'un air d'affectueux reproche.

—Voilà donc, murmura-t-il en désignant du doigt Gabrielle, comment l'on m'aime et l'on me sert en cette maison! J'avais un trésor précieux, on le livre à autrui! oh! frère Robert, j'ai décidément ici des ennemis!

—Sire, répliqua le moine, voici ce que répondrait notre prieur à Votre
Majesté:—C'est un crime odieux d'enlever une jeune fille à son père.
C'est seulement un péché d'enlever sa femme à un mari; et lorsque la femme
à été mariée par force, le péché diminue.

—Alors, à tout péché miséricorde, répliqua le roi en soupirant; mais en attendant, Gabrielle est mariée.

—Votre Majesté ne l'est-elle pas?

—Oh! mais moi, je ferai rompre quelque jour mon mariage avec madame
Marguerite.

—Si vous en avez le pouvoir sur une grande princesse soutenue par le pape, à plus forte raison pourrez-vous rompre l'union de madame Gabrielle avec un petit gentilhomme. Jusque-là, tout est pour le mieux.