Cet événement avait pris les proportions d'une catastrophe. Mille bruits circulaient qui annonçaient, les uns le départ de la marquise, les autres la consolation prochaine du roi. Tout à coup M. de Rosny traversa cette salle, pour entrer dans le cabinet de Sa Majesté.

Sa froide et impénétrable physionomie fut curieusement interrogée. Mais nul n'y put lire la vérité. Sully eût été fort embarrassé lui-même de dire ce qu'il pensait en ce moment.

Il ne croyait pas que Crillon pût réussir à retenir Gabrielle, mais il ne voulait pas non plus annoncer à Henri le refus définitif de sa maîtresse. Ainsi perplexe, il marchait lentement, pour se donner le temps de trouver une réponse mixte.

Mais le roi ne lui en laissa pas le loisir. À peine l'aperçut-il sous la tapisserie de son cabinet qu'il courut à lui, et de la voix, des yeux, de l'âme, il l'interrogea sur le résultat de son ambassade.

—Elle vous a refusé! s'écria-t-il en voyant les traits du ministre.

—Il faut que je l'avoue, sire, répliqua celui-ci.

Henri découragé laissa retomber ses bras.

—Ce coup m'est douloureux, murmura-t-il, et sera mortel. J'aimais tendrement cette ingrate. Que dis-je, ingrate! C'est moi qui fus ingrat. Elle se venge de ma trahison, elle fait bien.

—Tout cela, pensait Sully, ne va pas trop mal et l'explosion est raisonnable. Je n'en ai dit ni trop ni trop peu. Si la marquise persiste à partir, c'est annoncé. Si elle cédait à Crillon, je ne me suis pas avancé de manière à reculer honteusement. Mais pour éviter en ce cas le premier choc, éloignons le roi.

—Sire, dit-il alors, du courage. Votre Majesté ne restera pas en cette prostration.