Henri parut, le sourire sur les lèvres, le front radieux, l'oeil étincelant de bonheur comme en un jour de victoire.
Il s'avança vers les courtisans, dont le nombre avait grossi et qui l'entourèrent bientôt avec une respectueuse familiarité.
Gabrielle le suivait des yeux. Elle le vit se diriger vers le groupe des gentilshommes picards, dont Sully lui avait annoncé la soumission. L'un de ceux-ci adressa au roi une courte harangue, au nom de ses amis. Henri répliqua par quelques mots d'oubli et de clémence. La scène était touchante et intéressa Gabrielle, qui la contemplait de loin.
Sully venait, dans le cabinet, de sceller l'ordre et le tendit à la marquise, dont l'attention fut distraite un moment. Mais aussitôt qu'elle eut pris l'enveloppe, elle retourna à son observatoire. Les gentilshommes remerciaient le roi, le front courbé, le genou ployé. L'assemblée louait Henri de sa générosité par un murmure de reconnaissance.
Tout à coup, un cri partit du fond de la salle, au seuil de laquelle accourait un moine, les bras étendus, les habits en désordre.
—Prenez garde! il est ici! cria-t-il d'une voix lugubre qui fit gémir les voûtes.
—Frère Robert! s'écria Gabrielle, dont les yeux cherchèrent Henri. Mais le roi se baissait pour relever les suppliants, et au-dessus de lui, sur sa tête même, brillait un couteau dans la main d'un jeune homme pâle.
Gabrielle poussa un cri déchirant. Elle venait de reconnaître dans l'assassin la figure annoncée par le génovéfain. Jean Châtel s'était glissé dans le groupe, et, profitant de l'occasion, avait frappé.
Le coup adressé à la gorge du roi le rencontra plus haut, près de la bouche. Il se releva blessé, étourdi, au milieu de la foule pâle et muette d'horreur à la vue du sang qui inondait le visage du roi.
Gabrielle tomba inanimée sur le parquet. L'assassin, pendant ce tumulte, allait s'échapper. Frère Robert le saisit au cou, l'enleva d'un bras nerveux et le jeta aux gentilshommes et aux gardes, dont les épées étaient déjà tirées.