Sortir de ce cercle était la première condition. Mais ni la mère ni la fille, l'une avec la rage du désespoir, l'autre avec le flegme de sa vindicative réflexion n'y put parvenir.

Elles virent qu'en effet la maison était gardée, que la fuite était impossible, que d'ailleurs eussent-elles fui, leur persécuteur les retrouverait tôt ou tard et que ce serait à recommencer.

Un éclat, une révélation, qui eût averti le roi et appelé l'attention sur la conduite d'Henriette, elles n'en supportèrent pas l'idée un seul moment. Marie Touchet, au bout d'une heure de lutte et de tâtonnements douloureux dans cet obscur labyrinthe avoua, humiliée, à sa fille qu'elle n'avait rien trouvé; que la position n'avait pas d'issue et que le seul moyen, non pas de parer les coups de l'agresseur mais de les amortir, c'était de tout avouer à MM. d'Entragues et d'Auvergne, lorsqu'ils reviendraient de chez Zamet et du Louvre.

Nouvelle source de désespoir pour Henriette. Mais dans les circonstances extrêmes la douleur extrême devient acceptable. Tout, dans les plus débiles organisations, s'élève alors à une puissance jusque-là inconnue. La fière Henriette courba la tête devant cette nécessité.

Et quand son père et son frère reparurent, le sacrifice était résolu. Marie Touchet prit la parole, et dans les plus ingénieuses subtilités de son éloquence, avec les plus adroites circonlocutions de l'euphémisme, elle raconta aux deux gentilshommes stupéfaits la demande en mariage de la Ramée et les causes de cette hardiesse inouïe.

Pendant ce récit, qui fut sommaire, on le conçoit, et qui n'attribua que deux légèretés de jeune fille à Henriette, celle-ci, la tête ensevelie dans ses mains, sanglotait et essayait d'émouvoir les auditeurs par cette pantomime du suppliant que Cicéron recommande à l'orateur comme un des plus efficaces arguments d'un plaidoyer.

Tandis que Marie Touchet parlait du page huguenot et de l'inconnu de Normandie, M. d'Entragues, en deuil de ses illusions sur l'innocence de sa fille, arpentait la chambre en se rongeant les ongles avec colère. M. d'Auvergne, le sourcil froncé, regardait les boucles noires et brillantes des petits cheveux frisés qui paraient le col si blanc et si rond d'Henriette. Et il se disait qu'il avait là une petite soeur gaillardement lancée dans la carrière des aventures.

Marie Touchet finit son discours. Un silence plus cruel que la colère en couronna la péroraison. Henriette qui comprit ce silence, redoubla de soupirs et de larmes, cachant de plus en plus son visage.

—Il résulte, dit enfin le comte d'Auvergne, que ce la Ramée veut profiter de la mauvaise position de mademoiselle.

—Oui, mon fils.