—Je conçois, reprit le comte après une minute de réflexion, que ce la Ramée se défie. Il sait vos façons. Peste!… Ah! mais vous allez avoir là un dangereux adversaire.

Marie Touchet leva les yeux aux ciel.

—Si dangereux, poursuivit le comte se refroidissant à vue d'oeil, que je ne vois pas bien clairement l'issue d'une pareille lutte.

—Bah! s'écria M. d'Entragues, on a beau se défier de la mort, on a beau connaître ses ennemis, il faut toujours que l'on succombe.

—Ce n'est pas mon avis, monsieur d'Entragues, et je vous jure bien que si je me défiais de quelqu'un comme la Ramée doit se défier de ces dames, ce quelqu'un-là ne me tuerait pas.

—Que feriez-vous, je vous prie?

—D'abord je ne viendrais pas chercher moi-même ma future épouse dans sa maison. Je la ferais venir, par un billet, à la chapelle où je dois l'épouser, et il faudrait bien qu'elle y vînt. En sorte que si l'on me tuait, du moins ne serait-ce qu'après le mariage. Et croyez-le bien, c'est ce que va faire la Ramée.

—Puisqu'il a dit qu'il viendrait, murmura Henriette.

—Bon! il a dit cela, et il fera ce que je viens de vous dire.

—Mais Henriette n'ira pas à cette chapelle, s'écria M. d'Entragues, et il faudra que la Ramée arrive ici lui-même.