Nous devinerons! s'écria Sully. Applaudissons-nous d'abord du succès de cette sortie que j'avais conseillée au roi.
Henri, regardant son ami le moine, qui souriait de loin sans répondre.
—Applaudissez-vous d'abord, dit-il, du conseil que le père génovéfain m'a donné de faire le mort. Sans cette heureuse inspiration, le complot du faux Valois n'eût pas éclaté.
—C'est vrai, harnibieu! s'écria le chevalier. Mais où est-il, ce brave génovéfain? est-ce qu'on ne le remerciera pas un peu? J'ai des amis, moi, aux génovéfains de Bezons.
Henri indiqua du doigt le capuchon sauvage qui, plus que jamais, cherchait l'ombre. Mais Crillon l'y poursuivit, et, transporté de joie:
—C'est mon brave compère de la Porte-Neuve! c'est mon frère Robert! s'écria-t-il. Oh! nous sommes en bonnes mains; et s'il prête au roi un peu de son élixir pour les blessures, le roi parlera beaucoup demain, et trop après-demain. Ça, messieurs, remercions frère Robert; n'est-ce pas, M. de Sully?
—Ne me remerciez pas tant, murmura le moine, car, moi, je ne me sens pas de force à vous faire des compliments.
—Qu'y a-t-il? bégaya le roi, à qui Gabrielle posait sa douce main devant la bouche.
—Notre frère génovéfain n'est pas encore content dit Sully avec une légère
nuance d'aigreur; nous avons cependant suivi ses conseils, ses ordres.
C'est un moine qui aujourd'hui a gouverné le royaume de France.
Aujourd'hui, Henri IV s'est presque appelé Henri III.
—On avait quelque esprit sous Henri III, répliqua frère Robert avec une froide gravité, et lorsque le roi se laissait conseiller de bonnes choses par les moines au moins trouvait-il des serviteurs qui exécutait l'ordre qu'ils avaient reçu et l'exécutaient avec intelligence.