—Pourquoi non? si c'eût été un Valois! et que le malheureux événement de cette matinée nous eût enlevé Henri IV, qui n'a pas d'héritier.
—Oh!… s'écria Sully entraîné par la colère et par le sentiment du danger que venaient de lui révéler ces paroles, le roi n'a pas d'héritiers légitimes, non! mais je jure Dieu qu'il en aura!
—C'est ce que je souhaite de tout mon coeur, répondit la duchesse en se levant. De cette façon, je ne serai plus soupçonnée d'ambitionner une couronne que Dieu n'a pas daigné mettre dans ma famille; de cette façon, au premier péril du roi, mes ennemis ne m'accuseront pas de collusion ou même de complicité, comme certains audacieux se permettent de le faire.
Crillon haussa ses puissantes épaules pour secouer cette flèche féminine.
—Et de cette façon, répliqua-t-il, personne ne sera tenté, par disette, de greffer des Valois sur des la Ramée. Oui, harnibieu! sire, ayez des enfants! ayez-en de quoi faire reculer tous les Châtel qui se présenteraient.
—Cette fois, monsieur parle d'or, dit aigrement la duchesse. Je termine en souhaitant à Sa Majesté toute la prospérité qu'elle mérite.
La duchesse salua et se dirigea vers la porte du cabinet, puis, après une nouvelle révérence, traversa, aussi majestueusement qu'à son arrivée, la galerie pleine de murmures et de regards sombres.
—Vous voilà battu, Rosny! dit le roi épuisé de fatigue, en se renversant sur son fauteuil. Cette scélérate nous cache encore quelque trame.
—Oui, il y a péril, murmura le ministre; mais je me charge de l'intérieur.
—Et moi de l'extérieur, s'écria le chevalier; je monte à cheval pour suivre la bande de ce coquin de Valois, dont la duchesse paye certainement les relais. Je cours donc et le ramène ici perdu ou pendu.