—Monsieur le chevalier, s'écria Espérance, je vous supplie d'être meilleur pour la plus estimable et la plus charmante femme de la cour.
—Il dit cela, parce qu'elle l'a tiré de prison. Mais, malheureux généreux que vous êtes, si elle ne vous y eût pas mis, elle n'aurait pas eu besoin de vous en faire sortir.
—Enfin, permettez-moi de vous faire observer, dit Espérance, qu'entre
Mlle d'Estrées et Mlle d'Entragues, il y a la différence d'un ange à une
furie. Le jour où Mlle d'Entragues régnera sur le roi, je plains la
France.
—Et je plains nous autres, s'écria Pontis, car nous sommes mal notés par là. Tandis que la marquise nous protège, c'est évident, n'est-ce pas, Espérance?
—Encore un mot de ce la Ramée, interrompit le jeune homme. Est-ce qu'il a des partisans, est-ce que son histoire se propage?
—Tous les ligueurs, tous les Espagnols, bon nombre de prêtres ou de moines, et les jésuites surtout le soutiendront.
—C'est un gros parti, murmura Espérance. Mais il faudra combattre.
—À propos de combats, dit tout à coup Crillon, vous savez que le roi en s'éveillant ce matin a songé à vous et parlé de vous.
—Un peu soufflé par Mme la marquise, peut-être bien, dit Pontis, car elle aura voulu raconter ce que tout le monde savait, sa visite au Petit-Châtelet.
—Précisément.