—Maintenant, dit Zamet, il est temps, je crois, que l'on m'habille si je veux assister au bal que donne le voisin, ce voisin tombé du ciel et qu'on dit plus riche que moi.

Il rentra chez lui en disant ces mots avec une amertume manifeste. Leonora fut à peine seule, qu'elle ouvrit délicatement la dépêche, y écrivit d'une main rapide deux ou trois lignes sous le revers de l'enveloppe, sans rompre le cachet, et descendit pour donner elle-même le message à celui qui l'attendait.

Elle remontait dans le vestibule quand un bruit de chevaux retentit au dehors. Leonora se hâta de rentrer chez elle, où, dix minutes après, une voix jeune et vibrante l'appela par son nom.

C'était Henriette, enveloppée d'un manteau, pâle comme si elle eût souffert, embarrassée comme si elle fût venue dans quelque grand dessein.

Leonora l'accueillit avec cette politesse empressée des Italiennes, la fit asseoir, la caressa, lui plaça une peau de loup sous les pieds, et lui fit mille compliments sur sa beauté. Henriette écoutait d'un air distrait, ou plutôt n'écoutait pas.

—Qu'avez-vous, lui dit enfin Leonora, qui vous amène?

—Mon père d'abord, répliqua Henriette en italien. Il est chez M. Zamet avec lequel il cause un peu tandis que je vais t'entretenir. Faisons vite, et surtout faisons bien.

—Qu'y a-t-il, signora?

—Oh!… presque rien, mais ce rien me sera utile si tu veux l'entreprendre.

—Je suis prête.