Leonora, mal satisfaite de tenir Espérance avec un seul bras, appuya sur lui ses deux mains aussi éloquentes que ses yeux.

—On m'avait chargée, dit-elle, de demander au maître de cette maison…
Notez que ce n'est pas à Speranza.

—De demander?…

—Quelle est la femme qu'il aime, articula lentement l'Italienne en plongeant son lumineux regard dans les yeux éblouis d'Espérance.

Celui-ci se remit promptement, mais son trouble n'avait pas échappé à
Leonora.

—Speranza, dit-elle avec émotion, n'est pas forcé de me répondre.

—Cette question, ma belle amie, varie d'importance suivant la personne qui la fait. Est-ce vous qui la faites?

—Je ne dis pas que l'envie m'en manque, Speranza, répondit-elle avec un accent passionné, mais je vous suis trop dévouée pour mentir. Ce ne serait pas vous rendre service. Et, vous en êtes sûr, n'est-ce pas? je veux vous rendre service, je le dois.

—C'est moi qui vous en serai reconnaissant, dit Espérance avec empressement, car il ne cherchait plus à dissimuler l'intérêt que cette question soulevait pour lui. Qui donc, en effet, cherchait à savoir le nom de celle qu'aimait Espérance? Qui donc pouvait lire et avait peut-être lu ce nom doux et terrible au fond de son coeur?

—M'en saurez-vous gré? répliqua Leonora, en proie à une ardeur indéfinissable qu'elle puisait sans s'en rendre compte, dans les yeux et le contact d'Espérance; dites que vous m'en saurez gré.