Au son de cette voix, la Ramée resta cloué sur le sol, et tous les Entragues du monde, avec leurs injures et leur profession de foi, n'eussent pas réussi à le faire reculer d'une semelle.
Henriette était resplendissante de toilette et de beauté. Sa robe de satin gris perle, brodée d'or, un petit toquet de velours rouge, duquel jaillissait une fine aigrette blanche, et le pied cambré dans sa bottine de satin rouge, et le bas de sa jambe ferme et ronde qui se trahissait à chaque pas dans l'escalier, firent pousser un petit cri de satisfaction au père et un rugissement sourd d'admiration idolâtre à la Ramée.
—Tu es belle, très-belle, Henriette, dit M. d'Entragues; à la bonne heure, ce corsage est galant, penche un peu la coiffure, cela donne aux yeux plus de vivacité. Je te trouve pâle.
Henriette venait d'apercevoir la Ramée. Toute gaieté disparut de sa physionomie. Elle adressa un long regard et un grave salut au jeune homme, dont l'obsession avide mendiait ce salut et ce regard.
—Ta mère doit être prête, allons la chercher, dit M. d'Entragues qui, tout en marchant, surveillait le jeu des plis et chaque détail de la toilette, à ce point qu'il redressa sur l'épaule de sa fille les torsades d'une aiguillette qui s'était embrouillée dans une aiguillette voisine.
Quant à la Ramée, il était oublié. Henriette marchait, inondée de soleil, enivrée d'orgueil, respirant avec l'air embaumé des lis et des jasmins les murmures d'admiration qui éclataient sur son passage dans les rangs pressés des villageois et des serviteurs accourus pour jouir du spectacle.
M. d'Entragues quitta un moment sa fille pour aller s'informer de la mère.
La Ramée profita de ce moment pour s'approcher d'Henriette et lui dire:
—Vous ne m'attendiez pas aujourd'hui, je crois?
Elle rougit. Le dépit et l'impatience plissèrent son front.
—Pourquoi vous eussé-je attendu? dit-elle.