—Il va se faire sacrer à Reims.

—Êtes-vous fou, mon frère, s'écria le chevalier avec un éclat qui réveilla
Pontis, la Ramée sacré à Reims!

—La Ramée! grommela Pontis en cherchant son épée d'une main engourdie.

—Par grâce, contez-nous comment cela est possible, dit Espérance en pressant le moine, qui ne demandait pas autre chose.

—La Ramée ou Valois, comme vous voudrez, répliqua-t-il, s'est enfui de Paris. Il a trouvé dehors un noyau de troupes que la duchesse lui avait ménagées. A cette troupe se sont joints des Espagnols envoyés par Philippe II. Puis, des mécontents; il n'en manque jamais en France. Toute cette canaille a reconnu ou feint de reconnaître le nouveau prince, et lui, pour se donner sur-le-champ l'autorité d'un roi de France, marche sur Reims avec son armée et prétend s'y faire sacrer. Voilà tout; rien n'est plus simple.

—Harnibieu!… Et le roi! dit Crillon.

—Il y en aura deux en France, repartit tranquillement frère Robert.

—Et l'armée royale!

—Il y en aura aussi deux en France. Que dis-je? il y en aura trois, car M. de Mayenne a toujours la sienne.

—Enfin, on fera quelque chose j'imagine, dit Crillon exaspéré.