Marie Touchet resta seule avec la Ramée.
—Votre père, dit-elle, sa santé?
—Le médecin m'a prévenu, madame, qu'il ne passerait pas le mois.
—Oh! pauvre gentilhomme, dit Marie Touchet; mais si vous perdez votre père, il vous restera des amis.
La Ramée s'inclina légèrement en regardant Henriette qui s'apprêtait à monter à cheval.
—Quoi de nouveau sur le blessé? dit vivement Marie Touchet en lui frappant sur l'épaule de sa main gantée.
—Rien, madame. J'ai eu beau, depuis ce jour, chercher, m'enquérir assidûment, je n'ai rien trouvé. Les traces de sang avaient été, comme vous savez, interrompues par la rivière, et je me suis aperçu qu'à force de questionner sur un blessé, sur un garde du roi, je devenais suspect. On me l'a fait sentir en deux ou trois endroits. Une fois, j'avais rencontré un meunier qui paraissait avoir en connaissance de l'événement. Il avait, dans un cabaret de Marly, parlé d'un jeune homme blessé, de M. de Crillon, d'un cheval boiteux; mais lorsque j'ai voulu faire parler cet homme, il m'a regardé si étrangement et s'est tenu avec tant de défiance sur la réserve, il a même rompu l'entretien si brusquement, que je l'ai soupçonné d'aller chercher main-forte pour m'arrêter. J'ai craint de vous compromettre en me compromettant moi-même, et j'ai retourné au galop chez moi.
—Vous m'avez rendue bien inquiète!
—Vous comprenez ma situation, madame: impossible d'écrire, impossible de quitter mon père, impossible de venir ici, où l'on ne m'appelait pas… car on ne m'appelait pas, et j'avoue que j'étais surpris.
Marie Touchet embarrassée: