—Pour faire fuir les grâces et les disgrâces, c'est l'avis de M. de
Crillon.
—Mon bon ami, j'aime tendrement M. de Crillon, dit Espérance jouant le dépit, je l'aime d'une affection très-profonde, mais je vous supplierai tous deux de ne pas vous mêler de mes affaires.
—Quand on a des amis, on ne s'appartient pas.
—Ne rions plus, Pontis.
—Je ne ris pas! demain je quitte le superbe logement que tu m'as donné ici, je m'en arrache à regret, parce qu'enfin, vivre auprès de toi est mon principal bonheur;—mais il le faut, et je plie toujours sous le devoir, on est soldat, on sait sa discipline. Demain, je m'installe au faubourg.
Espérance se leva tout à fait, saisit Pontis par les bras et l'enlevant du gazon où il continuait à se rouler moelleusement, le remit sur ses pieds et lui dit:
—Tu me feras le plaisir de ne plus dire de sottises. Tu es logé ici, restes-y. Quant à M. de Crillon je me charge de redresser ses idées avec tout le respect et toute l'amitié qui lui sont dus. Cesse donc de penser à habiter la maison du faubourg. Tu n'y mettras pas le pied.
Pontis, habitué à faire ses volontés, regarda Espérance avec surprise. Il ignorait que rien n'est tenace comme une fausse volonté.
—Ainsi, dit-il, tu me refuses?
—Je te défends d'y songer.