—Tu es le maître. Désormais, la maison est à toi.
Pontis enchanté partit comme une flèche.
Aussitôt qu'Espérance se trouva seul, il rêva quelques moments à tout ce que venait de lui dire Pontis. Puis, la nuit étant arrivée, il feignit de se coucher comme à l'ordinaire.
À deux heures du matin il se releva. Tout dormait dans la maison. Il fit seller un de ses meilleurs chevaux, se choisit une bonne courte épée, prit sa carabine de chasse, de l'argent et sortit à petit bruit.
X
OÙ LE TONNERRE GRONDE
Quelques heures après le départ d'Espérance, deux jeunes femmes se promenaient dans le jardin de Zamet. C'étaient Henriette et Leonora.
Mlle d'Entragues avait deux jours par semaine pour rendre visite à sa devineresse, que des relations suivies avaient faite son amie. Henriette choisissait les matins, parce qu'on était dans la belle saison, que le jardin de Zamet était vaste et beau, que, le matin, tout le monde dort encore, et que c'est une heure aussi commode que le soir, moins le mystère qui va toujours mal à une réputation de jeune fille. D'ailleurs, ainsi l'avait décidé le conseil de la famille d'Entragues, juge souverain de chacune des actions d'Henriette. Depuis qu'il s'agissait d'une couronne à gagner, on permettait les sorties du matin à l'innocente jeune personne.
Mais, chez Henriette, ces deux visites par semaine avaient un double but. Le roi lui écrivait deux fois tous les huit jours, et la Varenne apportait ses lettres à huit heures du matin, chez Zamet, pour que, dans le quartier populeux qu'habitaient les Entragues, le porte-poulets trop connu ne fût jamais signalé.
Ainsi, Henriette et Leonora se promenaient dans le jardin de Zamet en attendant la lettre du roi. Leurs sujets de conversation ne variaient guère; il s'agissait toujours de Gabrielle, des progrès de la tendresse royale, des faits et gestes d'Espérance.