—J'oubliais un détail, mon ami; je l'oubliais parce qu'il blesse mon coeur. Il se peut qu'en chemin des espions apostés, des gens armés, je ne sais quelles gens, enfin, veuillent s'emparer de l'homme à qui vous servirez de guide. En ce cas, mon bien-aimé, vous êtes jeune, courageux, adroit, il faudrait sauver cet homme au péril de vos jours, et ne pas souffrir qu'on lui fit la moindre violence, la moindre insulte.
—Bien, dit simplement Espérance. Voici les piqueurs à vingt pas, la curiosité les prend, ils vont nous entendre.
—J'ai fini… Rendez-moi ce service, qui est immense, et conservez-vous pour moi: je vous en serai reconnaissante.
—Payez-moi d'avance avec un regard pareil à ceux de tout à l'heure. Merci.
À quelle heure ce soir, à la brèche du mur?
—Dès qu'il fera nuit.
Les piqueurs s'étaient remis à leur poste, examinant le nouveau venu avec étonnement.
Espérance salua respectueusement Gabrielle, et après s'être orienté avec le rapide coup d'oeil du chasseur, il tourna son cheval sur la droite et le lança en plaine.
De là, bien découvert, mais découvrant tout lui-même, Espérance regarda souvent si quelque tête d'espion apparaissait derrière lui. Il ne vit rien qu'un cavalier planté bien loin à l'horizon, et qui marcha bientôt vers Paris au lieu de le suivre dans sa course téméraire à travers plaine.
Il y a loin de Vaujours à la Ferté-sous-Jouarre, surtout par la traverse. Espérance prit par Annet. Il changea son cheval à Précy, en prit un second à la poste de Villemareuil, et arriva vers trois heures, bien fatigué, en vue de la petite ville où l'envoyait Gabrielle.
Là il se reposa, calculant que de la Ferté-sous-Jouarre à Monceaux la distance est de deux heures au plus, et qu'il lui restait plus que le temps nécessaire pour bien accomplir sa tâche.