—Monsieur! monsieur! s'écria Gabrielle en étendant les mains vers Mayenne, ne m'accusez pas; je suis innocente. S'il y a trahison, elle vient du roi!

—Je comprends, madame, répondit Mayenne avec un dédaigneux sourire. La scène est jouée à merveille; vous n'attendiez pas le roi. Le roi arrive à l'improviste. Il vous trouve par hasard avec M. de Mayenne, et comme, par hasard aussi, Sa Majesté est bien accompagnée sans doute, l'on s'empare du rebelle, la guerre est terminée. Bien joué, madame.

—Oh! sire, dit Gabrielle en versant un torrent de larmes, voilà une offense que je n'oublierai de ma vie! Vous avez raison, monsieur le duc, tout m'accuse. Vous avez le droit de m'appeler lâche et perfide. Oui, c'est justice de me traiter avec cette rigueur.

Mayenne, étonné au milieu même de sa fureur, contemplait en silence la scène étrange qui s'offrait à ses regards.

D'un côté, Gabrielle en pleurs, se tordant les mains avec l'expression la plus sincère d'une douleur loyale; de l'autre, Henri IV, pâle, atterré, le front courbé, plus semblable à un vaincu qu'à un vainqueur, et sur le visage duquel on lisait la honte et le regret d'une faiblesse qui le dégradait à ses propres yeux.

—Dites donc au moins, sire, s'écria Gabrielle, que je n'ai pas trempé dans le guet-apens dont M. le duc est victime… Rendez-moi l'honneur, sire, à moi qui voulais vous donner la paix et l'amitié de ce galant homme.

Le roi comprit à ces mots toute l'étendue de sa faute. Il venait, par cette brusque surprise, de renverser l'édifice élevé si péniblement par Gabrielle. Quelle honte et quel malheur!

—Ainsi ferai-je, murmura la roi d'une voix entrecoupée… Je suis seul coupable. Sur un avis qui m'a été donné que Mme la marquise avait rendez-vous à Monceaux avec un amant, j'ai pris de la jalousie et me suis mis en route. J'arrive il n'y a qu'un moment; je trouve ou crois trouver des visages embarrassés, nul ne me veut apprendre où se cache madame. Personne dans les appartements. Je heurte et j'appelle, rien. L'idée m'est venue que la marquise cherchait la solitude en ses bains. J'ai la clé de l'entrée secrète. Je suis accouru, et le bruit de deux voix m'a fait ouvrir vivement la porte…

Mayenne gardait son attitude à la fois calme et méprisante; un sourire forcé contractait ses lèvres; il avait remis son épée au fourreau.

—Il ne faut pas douter, monsieur, dit le roi avec douceur; voyez mon trouble, ma peine, et persuadez-vous que je ne sais point mentir. Je dois d'abord des excuses à la marquise que, par trop d'amitié, j'ai follement et indignement soupçonnée. Quant à vous, qui jusqu'à un certain point, avez le droit de suspecter sa franchise et la mienne, je ne vois qu'un seul moyen de vous prouver l'injustice de vos accusations. La scène a lieu entre nous, sans témoins; vous étiez venu librement, vous êtes libre de retourner, et je vous offre non-seulement mes chevaux, mais une escorte avec ma parole de roi. J'y ajouterai mes excuses, mon cousin, car j'ai tort, et voudrais pour un royaume, racheter l'opinion que je vous ai laissé prendre un moment de ma maîtresse et de moi!