—Oui, poursuivit Crillon, cette lettre si tendre et si explicite à la fois, ce chef-d'oeuvre d'amour et de politique, est entre nos mains; il n'arrivera pas à son adresse. Voilà pourquoi votre courrier est revenu.
La Ramée n'en pouvait croire ses oreilles, tout en lui tressaillait; ses yeux semblaient crier avidement: Parlez! expliquez-vous! instruisez-moi!
—Nous arrivions vers votre camp avec défiance, dit Crillon, et chaque figure nous était suspecte, comme vous pensez bien. Soudain, nous rencontrâmes votre courrier qui galopait. Le pauvre diable! nous barrions le chemin à nous trois. Il nous compta, et dit, pour nous sonder: «Je parie que ce sont les Espagnols que nous attendons à Reims.—Oui, répliqua en espagnol Espérance, qui le sait à merveille.—Et moi, continua votre homme, je suis attendu à Paris.—Là-dessus, il n'y avait plus à hésiter, c'était un des vôtres, nous arrêtâmes le drôle, et lui prîmes la lettre adressée à votre maîtresse. Une jolie fille, ma foi.
—Quoi! vous la connaissez? articula péniblement la Ramée en essuyant la sueur qui coulait de son front.
—Si nous connaissons Mlle d'Entragues! la perle de beauté, comme vous dites. Demandez à Espérance s'il la connaît, lui, que vous avez assassiné pour elle!
—Oh! rugit la Ramée, touché au coeur plus sûrement par la jalousie que par le poignard.
—Chevalier, dit tout bas à Crillon le généreux Espérance, ménagez ce malheureux.
—Allons donc! s'écrièrent Pontis et le colonel.
—Par grâce!
Cette compassion fut le dernier coup pour la Ramée, il tomba presque inanimé sur un fauteuil.