—Eh! mordieu, dit le comte d'Auvergne, si c'est un hochet qu'il vous faut, achetez un cercle d'or, et amusez-vous à vous le mettre au front quand vous serez devant un miroir. Vous ressemblez à ces petites filles qui veulent porter des boucles d'oreilles et ne veulent point avoir l'oreille percée. Arrangez-vous, et pendant toutes vos façons, le caprice du roi ira ailleurs.
—Caprice?… dit Henriette piquée.
—Monsieur d'Auvergne a cent fois raison, repartit le père. Cent mille écus forcent un homme à réfléchir, et valent bien les marquisats et les duchés qui se prodiguent.
—J'ai une idée qui conciliera tout, dit Marie Touchet avec la majesté d'un oracle. Grâce à mon moyen, le roi fera voir si c'est par caprice ou par amour qu'il recherche mademoiselle. Le roi s'engagera pour l'avenir sans compromettre le présent: le roi garantira l'honneur de cette maison, sans rien perdre des droits de son amour.
—Peste! c'est la panacée universelle que votre moyen, madame, dit le comte d'Auvergne. Veuillez nous le communiquer.
—C'est une promesse de mariage, faite par le roi à Mlle Henriette de
Balzac d'Entragues.
—J'accepte! dit Henriette.
—De cette façon, interrompit Marie Touchet qui jouissait de son triomphe, le roi est libre de ne se point marier, s'il veut, après la mort de la reine Marguerite; mais alors il n'épousera personne, et les rivalités ne seront point à craindre pour Henriette.
—En effet, dit M. d'Entragues, une promesse serait efficace.
—Si le roi signait, dit le comte d'Auvergne; mais signera-t-il? Cela me rappelle l'homme qui eût passé la rivière à sec si son cheval en eût bu toute l'eau; mais la boira-t-il?