Mlle d'Entragues, introduite avec hésitation par une camériste, força la porte et pénétra aussi vite que la servante chez Leonora, qui causait tout bas avec deux femmes inconnues auxquelles, d'après ce que put recueillir le rapide coup d'oeil d'Henriette, l'Italienne semblait donner des instructions intéressantes. La vue de Mlle d'Entragues arrêta court Leonora, qui demeura embarrassée malgré sa présence d'esprit habituelle.

Une idée traversa l'esprit d'Henriette, dont la surveillance ne quittait pas l'Italienne depuis quelques jours.

—Achevez ce que vous avez à dire à ces dames, dit-elle précipitamment. J'ai oublié d'ordonner à mes gens de mieux cacher mon carrosse. Un mot à mon laquais et je reviens.

Elle sortit de l'appartement, appela son laquais, homme de confiance des
Entragues et lui dit:

—Deux femmes vont sortir de cette maison, vêtues de telle et telle façon, vous les suivrez pour me dire qui elles sont, ce qu'elles vont faire, et où elles demeurent.

Puis, le laquais étant parti, elle rentra calme et l'air dégagé chez l'Italienne, qui, de son côté, congédiait les deux femmes sans affecter ni soupçon ni inquiétude. Henriette crut comprendre qu'elle leur fixait un rendez-vous, mais elle n'en put saisir l'heure.

—Vous me pardonnerez, dit Leonora; ma qualité de devineresse m'expose à des visites continuelles: ces deux dames me consultaient et votre présence au moment des explications…

—Vous a gênée, peut-être?

—Non pour moi, mais pour vous, qui n'aimez pas à être vue ici. Je crois, dit l'Italienne avec adresse, que vous me saurez gré d'avoir abrégé la consultation.

—Merci, répliqua Henriette, dont l'avide curiosité, si habilement dissimulée qu'elle fût, n'échappa point à l'oeil pénétrant de Leonora.