—Je vais savoir bientôt où elle se trouve, ajouta Leonora.
—Par une conjuration?
—Oui, signora.
—À laquelle je ne pourrais assister, ma bonne Leonora? demanda Henriette hypocritement caressante.
—Oh! non, votre présence romprait le charme. Depuis quand les puissances consentiraient-elles à parler devant l'objet intéressé à leurs aveux? Le meilleur moyen de ne rien apprendre serait de vous présenter. Voilà pourquoi peut-être eussiez-vous fait sagement d'aller à la Chaussée suivre avec les yeux du corps la partie matérielle de nos affaires, tandis que je m'entretiendrai avec les esprits.
Henriette, faisant sur elle-même un effort bien pénible pour son indomptable orgueil, prit la main de l'Italienne et lui dit amicalement:
—Je t'obéirai, bonne Leonora. J'irai ce soir à la Chaussée. Concino y est allé, dis-tu?
—En maugréant, le paresseux; mais il y est et il a de bons yeux, quand il consent à ne pas dormir.
—J'irai aussi. Ce n'est pas bien utile, car peut-être ne surprendrai-je rien du tout. Tu sais qu'on ne surprend jamais une femme qui se défie. Mais c'est une agréable promenade; et, pour que tu sois bien seule ce soir, bien tranquille, pour que ta conjuration réussisse, j'irai.
Elle mit dans ces dernières paroles un naturel, une affable douceur qui trompèrent Leonora et lui firent croire qu'elle avait persuadé sa complice.